Campitello tient sur un seul versant, celui qui regarde le sud au-dessus de la vallée du Golo. Les maisons de schiste montent en gradins le long de la RD 7, sur quelques rangs, et le village se lit d’un coup d’oeil depuis la route. Cent sept habitants au recensement de 2023. Une commune de 8,22 km² qui passe de 112 m au bord du fleuve à 1 231 m sur la ligne de crête, avec le village accroché vers 500 m.
Aucune route ne monte ici depuis la RN 193. La nationale traverse pourtant la commune en contrebas, le long du Golo, et on passe dessous sans rien voir. Pour arriver au village il faut l’avoir quittée bien avant, et grimper par Bigorno ou par Volpajola. C’est ce qui a gardé Campitello tranquille : en bas passent la nationale et la voie ferrée, en haut il n’y a qu’une corniche.
107habitants au recensement de 2023
8,22 km²de commune, du lit du Golo à la crête
112 à 1 231 ml'amplitude d'altitude du territoire
0accès routier depuis la RN 193
Aucune route ne monte depuis la RN 193
La RD 7 prolonge la RD 5. Ensemble, elles forment une route corniche qui relie deux points de la RN 193, Ponte Novu à l’ouest, sur la commune de Castello-di-Rostino, et Borgo-Rivinco à l’est, en desservant au passage tous les villages de la Costiera. Campitello se trouve au milieu de cette corniche. La route sur laquelle il est bâti commence et finit sur la nationale sans jamais la toucher entre les deux.
Le choix se fait donc en bas, au moment de quitter la nationale, et il vaut mieux le faire avant de s’engager, puisqu’une fois sur la corniche on ne redescend plus avant l’autre bout. Se tromper coûte une demi-heure de virages. Le détail des deux montées est dans la fiche des deux routes.
| Par l’est | Par l’ouest | |
|---|---|---|
| On quitte la RN 193 à | Barchetta | Ponte Novu, commune de Castello-di-Rostino |
| Villages traversés | Volpajola | Lento, puis Bigorno |
| Routes | RD 7 | RD 5, puis RD 7 |
| Ce qui décide | l’arrivée la plus directe depuis Bastia et la plaine de la Marana | les villages de la Costiera dans l’ordre, et le site de Ponte Novu au pied de la montée |
La montée par l’est passe par Volpajola, à cinq kilomètres au-dessus de Barchetta. Celle par l’ouest prend la RD 5 à Ponte Novu, traverse Lento puis Bigorno, et la RD 7 prend le relais. Une troisième arrivée existe, qui ne touche jamais la nationale : depuis Murato et le Nebbio, la RD 5 franchit le col de Bigorno à 885 m et redescend sur le versant du Golo. C’est la plus lente, et la seule qui fasse franchir un col. Cet isolement a une histoire, et elle tient à la façon dont la nationale a été tracée dans le fond de la vallée.
Le village, Panicale, Bagnolu et Progliolu
La commune se compose du village et de trois hameaux de piémont. Ils tiennent dans un mouchoir, mais pas à la même hauteur.
Panicale est le plus bas, à 500 m, au sud-ouest du village. C’est là que se trouvent l’église paroissiale Saint-Pierre et la mairie, dont les coordonnées figurent avec les services publics de la vallée. On y descend par un chemin communal qui ne mène nulle part ailleurs. Bagnolu occupe le nord de la commune, vers 580 m, à la sortie du village quand on prend la RD 7 vers Bigorno ; la chapelle de la Conception est en bordure de route. Progliolu est au sud, à la même hauteur que le village et tout près de lui, desservi lui aussi par un chemin sans issue.
Deux des trois hameaux sont des culs-de-sac, ce qui change tout quand on arrive en voiture. On y descend, on fait demi-tour, on remonte. Aucune boucle ne les enchaîne.
Le Golo, au bas de la commune 112 m
Panicale 500 m
Le village, au parking 522 m
Bagnolu 580 m
Le col de Bigorno 885 m
La ligne de crête 1 231 m
Onze cent dix-neuf mètres d'écart, sur 8,22 km² de commune.
Le bâti est ancien et homogène : schiste local en moellons, murs crépis, toits de lauze. Les noms disent ce qu’on y faisait, ou ce qu’on croit qu’on y faisait : Panicale annonce le millet, Bagnolu un petit bain dont aucun inventaire thermal de Corse ne garde la trace.
Côté population, la courbe est celle de tous les villages de l’intérieur, avec une exception. Cent quarante-trois habitants en 1968, quatre-vingt-onze en 1990, au plus bas. Puis cent trois en 1999, cent vingt en 2012, et cent sept au dernier recensement. Le village a cessé de se vider il y a trente ans, il ne s’est pas repeuplé pour autant, et le siècle d’avant raconte une autre histoire.
Ce qu’il y a à voir sans marcher
L’église paroissiale Saint-Pierre-aux-liens, à Panicale, remonte au XIVe ou au XVe siècle et a été reprise plus tard. Murs de schiste en moellons, en partie crépis, clocher à trois étages en pierre apparente. Deux chapelles complètent l’ensemble : l’Immaculée Conception à Bagnolu, au bord de la RD 7, et Saint-Roch à Panicale. Il y a aussi une fontaine-lavoir, et des fours à pain que Panicale a gardés.
Une heure suffit pour tout voir. Ce qui prend du temps ici est plus bas dans la pente.
Le sentier de la Madonna, 2,2 km et environ une heure
Le seul itinéraire balisé au départ du village descend au site de la Madonna, et c’est pour lui que la plupart des gens montent. Le sentier part du parking communal, à 522 m, traverse le village, passe devant le monument aux morts et l’église, puis descend dans une chênaie et des jardins en terrasses que l’on appelle ici e lenze. Il arrive à quatre rochers. Deux kilomètres deux cents, environ une heure sans les arrêts, cent dix mètres de dénivelé à la descente et autant à remonter au retour. Escaliers et mains courantes sur les passages raides, panneaux « Madonna » à chaque embranchement. Un crochet de cent cinquante mètres mène à la chapelle de Bagnolu. Chiffres relevés en septembre 2026 sur la fiche de l’itinéraire, et repris en détail dans le descriptif du sentier.
Ce que l’on vient voir tient à ce qui s’est passé là entre 1899 et 1912. Madeleine Parsi, née au hameau de Panicale le 29 novembre 1884, aperçoit la Madonna sur un rocher le 26 juin 1899 ; elle a quinze ans. Le 14 août de la même année, après des mois de sécheresse, l’eau sourd dans l’anfractuosité du rocher, un homme creuse à mains nues, et la source jaillit. Elle coule toujours. Trente-quatre apparitions ont été rapportées en treize ans, par elle et par d’autres habitants. Chaque année, autour du 21 juin, une procession descend au rocher.
Ce que Campitello n’a pas
La base européenne d’occupation des sols classe, en 2018, cent pour cent du territoire communal en forêts et milieux semi-naturels : 56,6 % de végétation arbustive ou herbacée, 25,6 % d’espaces ouverts presque nus, 17,8 % de forêt. Sur 8,22 km², aucune surface bâtie ni cultivée n’atteint le seuil de la nomenclature. Autrement dit, du maquis, de la roche et un peu de forêt, plus quelques toits.
De l'eau, et le plein fait dans la vallée. Il n'y a ni pompe ni commerce sur le territoire de la commune.
Il n’y a ni commerce, ni station-service, ni distributeur de billets. L’hôtel-restaurant le plus proche est en bas, au bord de la RN 193, au lieu-dit Accendi Pipa, là où le ruisseau de Volte rejoint le Golo. Le stationnement au village se limite au parking communal et à ce que la RD 7 laisse sur ses bas-côtés. C’est peu. Quant à la route, c’est une corniche : étroite, sans rail sur de longues portions, à croiser au pas.
Tout se règle donc en bas. Les courses, le repas et le lit se trouvent dans la vallée ou dans les villages voisins, et on monte à Campitello avec ce qu’il faut pour la demi-journée.
Campitello, ou l’un des villages voisins
Les cinq villages de l’ancienne piève de Costiera se tiennent sur la même corniche, à quelques minutes les uns des autres, et ne servent pas la même visite. Murato n’en fait pas partie, mais il est de l’autre côté du col, et personne ne renonce à San Michele pour une question de piève.
| Village | Ce qu’on y trouve | Ce qui décide |
|---|---|---|
| Campitello, vers 500 m | l’église Saint-Pierre à Panicale, le site de la Madonna, trois hameaux en gradins | une demi-journée qui ne demande aucune préparation |
| Bigorno, vers 650 m | l’église Santa Maria Assunta, le col à 885 m juste au-dessus | le départ des courses de crête, et le seul passage routier vers le Nebbio |
| Lento | le seul refuge de la chaîne du Tenda, le quartier général du comte de Vaux en mai 1769 | la grande randonnée, et 1769 |
| Murato, entre 507 et 534 m | San Michele, romane pisane vers 1140, en damier vert et blanc, seule dans son pré à 475 m et à un kilomètre du village | l’architecture, de l’autre côté du col |
| Volpajola, vers 370 m | l’Annunziata et son triptyque de 1511 | l’arrivée par l’est, en montant de Barchetta |
En pratique : Campitello pour une demi-journée sans rien organiser, Bigorno pour partir en montagne, Murato pour l’architecture. Avec deux jours devant soi, les cinq villages s’enchaînent ; avec une seule journée, on monte depuis Bastia et on redescend le soir.
Au-dessus du village : le Tenda et la forêt de Stella
La commune ne s’arrête pas aux maisons. Elle monte jusqu’à 1 231 m, et sa partie nord-est au-dessus de mille mètres est couverte par l’extrémité occidentale de la forêt territoriale de Stella. La crête qui ferme la Costiera relie la chaîne du Tenda, à l’ouest, à celle de Stella, à l’est ; son point haut est la Cima à u Spazzolu, 1 234 m, sur la commune voisine de Scolca.
Depuis le village, tout cela se gagne mal à pied. On remonte d’abord au col de Bigorno, à 885 m, en voiture, et c’est de là que partent les vraies courses de crête, Sant’Anghjulu en tête. À pied depuis Campitello, c’est une journée en soi, et ce qui se marche en une heure ou deux au départ du village tient dans les balades courtes.
Quand monter
Le versant est un adret, exposé plein sud, couvert sous le village d’un maquis d’arbousiers, de bruyères et de chênes verts. Plus haut, au-dessus du col, le vent d’ouest et de nord-ouest balaie des croupes de schiste presque nues où la végétation reste rase. Les deux étages ne se marchent pas à la même saison, et le calendrier de la vallée ne vaut pas pour les crêtes.
Le sentier de la Madonna reste praticable à peu près toute l’année : il est bas, il descend, son dénivelé est celui d’une promenade. Les crêtes, elles, se ferment de deux façons. L’hiver par la neige et le vent ; l’été par arrêté préfectoral, quand le risque incendie atteint son seuil. L’arrêté vise le massif, pas le village : une journée de fermeture à Bocca di Tenda n’empêche pas de descendre au rocher des apparitions.