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Campitello guide de la Costiera

Bigorno et son col à 885 m : le village, les routes, les départs à pied

Quatre hameaux entre 457 et 675 m, un col routier à 885 m, trois montées possibles et aucun monument classé. Ce que Bigorno tient vraiment, et ce qu'il ne tient pas.

Publié le 10 septembre 2026 9 min de lecture
Commune
Bigorno (Haute-Corse)
Altitude
457 à 675 m — le col à 885 m
Accès
D5, seule route qui franchisse le Tenda entre Santo Stefano et l’Ostriconi

Relevé le 11 septembre 2026

Le col de Bigorno, schiste nu et thym ras de part et d'autre de la route, crêtes du Tenda en arrière-plan
Sur cette page

Bigorno désigne deux endroits qu’on confond avant d’y être. Un village de quatre hameaux accrochés au versant sud du Tenda, entre 457 et 675 m. Et, deux cents mètres plus haut, le col de Bigorno, un col routier à 885 m. Le village se parcourt en vingt minutes ; le col ne se visite pas, il sert de départ.

Ce qui fait monter ici n’est presque jamais le village. C’est la route, parce que la D5 est la seule qui franchisse la chaîne du Tenda entre le col de Santo Stefano et la vallée de l’Ostriconi. Ou le sentier des crêtes, qui commence au col. Bigorno n’a aucun édifice classé ni inscrit aux monuments historiques, pas de commerce, pas de transport en commun. Il a une position, et elle a coûté cher à ceux qui ont voulu la prendre.

885 mle col, franchi par la D5

675 mTeghia, le plus haut des quatre hameaux

97habitants au recensement de 2023

0édifice classé ou inscrit sur la commune

Quatre hameaux entre 457 et 675 m

Il n’y a pas de centre. Les maisons se répartissent en quatre hameaux, du plus haut au plus bas Teghia (675 m), Sammarcello, Roja et Ficajola (457 m), posés à l’adret de la basse vallée du Golo, sur la rive gauche du fleuve. Le bâti est composite : maisons de schiste et de moellons sous toits de lauze, bâtisses rénovées, quelques constructions récentes en parpaing.

L’église paroissiale Santa Maria Assunta date du XVIIIe siècle. Elle est à Sammarcello, près du cimetière. Le monument aux morts se tient sur sa droite et porte quinze noms pour 1914-1918, huit pour 1939-1945, dans une commune qui n’a jamais compté plus de quelques centaines d’habitants. Ils sont 97 au recensement de 2023, soit onze habitants au kilomètre carré sur 8,94 km².

Cinq fontaines se répartissent dans les hameaux. Celle de Roja porte la date de 1931, celle de Sammarcello est mentionnée dès 1795, et Funtana e cu ghjaccie, connue au XVIIIe siècle, a été réaménagée en 1997.

Le col de Bigorno, 885 m : de la roche nue, du vent, trois pylônes

Le maquis d’arbousiers, de bruyères et de chênes verts couvre les flancs sous le village. Au-dessus, il s’arrête net. Le sol devient schiste à découvert et serpentine, cette roche verte qui teinte tout le haut de la commune, et la végétation se réduit à presque rien. Les hauteurs sont balayées par les vents d’ouest et de nord-ouest ; la neige y tient quelques jours en hiver.

Ce qui pousse là, à ras de sol, est l’arba barona, le thym de Corse : quinze centimètres au maximum, un parfum citronné. Trois pylônes de transmission, radiophonie et téléphonie, sont plantés à l’ouest du col. Personne n’a rien aménagé pour le visiteur, ni table d’orientation, ni parking tracé. On se gare sur le bas-côté, là où il est large.

La vue, par temps clair, porte au nord sur le golfe de Saint-Florent, et au sud par-delà la vallée du Golo sur la Castagniccia et le Monte San Petrone.

Les trois routes qui montent au col

La D5 relie Murato à Ponte Novu. Elle franchit le col, traverse Bigorno, puis Lento. Entre le col et le village, elle est longtemps restée à l’état de piste carrossable, et le revêtement n’est toujours pas égal d’un bout à l’autre de la montée.

Deux autres départementales s’y raccordent. La D7, qui vient de Volpajola et de Campitello, s’arrête à sa jonction avec la D5 à Bigorno : c’est par elle que passe l’un des deux accès routiers à Campitello. La D105 arrive de l’ouest, depuis la route territoriale 30 au lieu-dit Ponte Rossu, à Canavaggia, et rejoint la D5 par Canavaggia et Lento.

DepuisDistanceDéniveléPente moyennePente maxi
Volpajola, par la D7 puis la D512,0 km+498 m4,2 %5,6 %
Ponte Novu, par la D5 et Lento16,0 km+732 m4,6 %8,2 %
Biguglia, par le défilé de Lancone et Murato22,7 km+861 m3,8 %6,6 %

Aucune des trois n’est difficile, et les chiffres ci-dessus, relevés en septembre 2026, le disent mieux que n’importe quelle impression : la pente ne dépasse 8 % nulle part. Elles se départagent sur la longueur et sur ce qu’on traverse. La plus courte part de la vallée du Golo ; la plus longue enchaîne le défilé de Lancone et le col de Santo Stefano avant même d’attaquer la montée.

Le village est à 44 km de Bastia, à 27 km de l’aéroport de Bastia-Poretta, à 14 km de la gare de Barchetta. Il n’existe aucun transport en commun sur la commune, en dehors du ramassage scolaire.

Ce qui part du col à pied

Le col est le point de départ de la traversée vers Sant’Anghjulu (1 389 m) et le refuge de Lento : 12,3 km, 597 m de dénivelé positif, environ 5 h 15, trois fontaines en chemin. Le balisage tient à des cairns et à quelques traces de peinture. Le tracé se perd aux abords de Bocca a Croce et autour de l’enclos de bergerie, ce qui en fait un itinéraire de carte et de boussole plutôt que de flèches peintes.

Les crêtes du Tenda se prennent aussi d’ici, vers l’ouest. Toute la zone relève de la ZNIEFF « Crêtes Mont Asto Mont St Angelo », répartie sur neuf communes. Les crêtes y sont presque dénudées : la déforestation ancienne, faite pour mettre des terrasses en culture, a laissé un relief où le dessin des banquettes se lit encore.

Un troisième chemin quittait autrefois les hameaux vers le Nebbio par le col de Valdelaia, en passant devant la chapelle romane Sant’Agostino de Locchia, à 650 m à l’est de Teghia. La chapelle est en ruine, le chemin sert encore.

Col de Santo Stefano, D82 368 m

Col de Bigorno, D5 885 m

Bocca di San Pancrazio 969 m

Bocca di Tenda 1 219 m

Bocca d'Oltari 1 249 m

Monte Astu, point culminant du massif 1 535 m

Les deux premiers se franchissent au volant. Au-dessus du col de Bigorno, la chaîne ne se passe plus qu'à pied. Altitudes relevées sur Géoportail.

Rien de classé, et ce que ça change

La commune ne compte aucun édifice classé ni inscrit aux monuments historiques, ni porté à l’Inventaire général du patrimoine culturel. Ça se voit sur le terrain : pas de panneau, pas de sentier d’interprétation. Ce sont des ruines dans le maquis, et on y va à pied.

La tour de Montechiaro est ce qui se lit encore le mieux. Mentionnée pour la première fois en 1247, elle occupe l’extrémité nord d’un éperon rocheux tabulaire d’environ 80 m sur 40, qui culmine à 907 m. Le versant ouest est une falaise de plusieurs dizaines de mètres ; l’extrémité nord, seule accessible, est coupée d’un fossé large d’environ cinq mètres creusé dans la roche. À l’autre bout de l’éperon se tient la chapelle Santa Catalina, romane, nef rectangulaire et abside semi-circulaire. De là-haut, on tient d’un seul regard les hameaux de Lento, de Bigorno et de Campitello. En 1247, c’était la seule raison de bâtir à cet endroit.

un éperon rocheux tabulaire couvert de maquis bas, pans de murs montés en petits fragments de schiste liés à la chaux, dominant une vallée boisée

S’y ajoutent les ruines des chapelles Santo Stefano, San Marcello, San Bastianu et l’Annunziata, à Sammarcello, et les anciennes mines de Suartellu, à un kilomètre au sud du village.

1739, 1769 : ce que vaut un col de 885 m

Toutes les troupes débarquées dans le golfe de Saint-Florent, des Génois aux Français, ont eu trois passages pour entrer dans l’île : le col de Teghime vers Bastia, Bocca di Tenda vers l’Ostriconi, et les hauteurs de Lento, c’est-à-dire le col de Bigorno et Bocca a Croce. Le troisième ouvre directement sur la vallée du Golo.

En juin 1739, le marquis de Maillebois sort de Bastia, s’installe dans la Costiera et défait les patriotes corses à Bigorno, à Tenda puis à Lento, qui capitule le 3 juin. Trente ans plus tard, la même route sert au même usage. Le 5 mai 1769, le chevalier de Viomesnil enlève Bigorno ; le 6, la piève se soumet ; le 7, le comte de Vaux installe son quartier général à Lento. Le 8 mai au matin, deux colonnes sorties de Bigorno et de Canavaggia descendent sur Ponte Novu et prennent à revers les troupes de Pascal Paoli, dont le flanc n’était pas couvert.

Dumouriez, envoyé participer à l’occupation de l’île, avait résumé la chose d’une phrase : « Qui est maître de ce poste peut prendre l’île en deux heures. » Le col surplombe le pont, seize kilomètres de descente plus bas.

Quand monter, et ce qui peut fermer

L’hiver, la neige tient quelques jours sur les hauteurs et le vent ne lâche pas. Le printemps et l’automne apportent de fortes précipitations : les schistes lustrés du sous-sol s’altèrent vite et glissent, et la commune a connu des coulées de boue le 29 mai 2007, puis les 27 et 28 novembre 2008.

L’été pose le problème inverse. Le versant est plein sud, la crête n’a pas un arbre, et personne ne viendra fermer la route. Les arrêtés de fermeture de la préfecture de Haute-Corse visent six massifs du département, Agriate, Fango, Bonifato, Tartagine-Melaja, Verghellu et Manganellu ; le Tenda n’en fait pas partie. Autrement dit, la barrière qu’on trouve ailleurs n’existe pas ici, et la décision de monter ou non revient au marcheur, carte du risque incendie en main.

Restent le printemps, avant les grosses pluies, et l’arrière-saison. Ce sont les deux fenêtres où la crête se marche au sec et sans la chaleur de juillet, et où la route au col ne se prend ni dans la neige ni dans la boue.

Avant de monter

Du 15 juin au 30 septembre, fumer et faire du feu sont interdits par arrêté dans tous les espaces naturels de Haute-Corse, y compris là où aucune fermeture de massif n'est prononcée. La carte du risque incendie de Météo-France pour la Corse est remise à jour chaque jour.

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